Homélie 6e dimanche du temps ordinaire - Année A - Dimanche 16 février 2020

 

Vous connaissez ce proverbe : « qui vole un œuf, vole un bœuf. ». Nous le savons, dans les plus petits actes de la vie quotidienne, recherchons un maximum d’exigence de vérité et de charité pour ne pas nous trouver, ayant pris de mauvaises habitudes, à pécher gravement dans de grandes situations. Ste Dorothée de Gaza affirmait : « Si tu as de mauvais désirs, bien qu'actuellement tu ne commettes point d’adultère, la convoitise ne cessera de te harceler intérieurement jusqu’à ce qu’elle t’ait entraîné à l’acte même. Si tu t’irrites et t’excites contre ton frère, il arrivera un moment où tu te laisseras aller même à dire du mal de lui, puis à lui dresser des embûches, et ainsi peu à peu tu en viendras au meurtre. »

 

Chers enfants, faites attention à la portée de vos attitudes d’aujourd’hui ! La manière dont vous vous comportez vis-à-vis de vos frères et sœurs, de vos amis, les habitudes de respect que vous avez, si petites soient-elles, ou au contraire, les habitudes de mépris, de critiques, de violence, entraineront de grandes qualités ou de grands défauts dans vos relations d’adultes. Y compris dans le domaine de l’affectif : si aujourd’hui vous prenez l’habitude de sortir avec n’importe qui, de regarder des images sur internet, combien cela produira en vous une fragilité dans l’amour lorsque vous serez adulte plus tard, pire encore, une prédisposition à blesser.

 

Chers parents, n’ayez pas peur d’être exigeants avec vos enfants dans les petites choses, non avec violence et colère bien sûr, mais avec douceur et détermination en même temps. Imiter d’ailleurs Jésus : prenez le temps d’expliquer à vos enfants comme il le fit avec ses disciples. Donnez-leur le sens des lois que vous exigez. Et, surtout, donnez l’exemple. Montrez qu’elles sont réalisables en les appliquant à vous, comme Jésus et en vous appuyant sur sa grâce.

 

Ici, Jésus doit s’expliquer car certains pensaient qu’il était en train de changer les préceptes religieux. Voudrait-il remplacer les 10 commandements par les 8 béatitudes qu’il vient de donner à la foule ? Est-ce une loi nouvelle, qui rendrait caduque toutes les autres lois ? Il n’en est rien. Les 10 commandement sont d’inspiration divine et la loi juive, non seulement n’est pas à mettre au placard, mais sa vérité est dévoilée totalement par Jésus. La Loi s’accomplit parfaitement dans la révélation plénière de l’amour divin. Rien n’est perdu de cette Loi. Bien au contraire, elle est enfin rendu possible par la grâce du Christ ! Il n’est pas venu l’abolir mais l’accomplir.

 

Souvent nous pensons que, si nous n’avons pas tuer, pas voler, pas pris la femme d’un autre, cela « passera » en arrivant au paradis. Les prêtres plus âgés me racontent comment les gens qui faisaient leurs pâques en passant au confessionnal dans les années 50 (plus régulièrement qu’aujourd’hui) disaient souvent le même refrain suivant : « Je n’ai pas tué, je n’ai pas volé, j’ai été un peu trop gourmant, absolution et pénitence si vous m’en jugez digne ». Est-ce juste ? Pas faut peut-être. Mais il faut aller plus loin, il faut entrer dans l’esprit de la loi. Bien sûr tuer un être humain est grave. Nous devons respecter la vie depuis sa conception jusqu’à sa fin. Si nous tuons quelqu’un nous en répondrons au tribunal de Dieu, maître de la vie. Bien sûr nous savons aussi que le Seigneur est miséricorde et saura nous juger sans exagération. Mais Jésus va plus loin : « Si tu te mets simplement en colère contre lui, déjà il te faudra en répondre contre lui ». Et à qui cela n’arrive pas ? Tous nous sommes coupables de cette faute ! St Vincent de Paul disait : « Trois fois dans ma vie je me suis mis en colère contre des choses épouvantables et trois fois je me suis repenti ». St François de Sales qui avait fait de la douceur sa devise pour lutter contre cette tendance à la colère. Plus grave encore nous dit Jésus : insulter son frère. C’est si facile, surtout quand il ne nous entend pas, du moins lui... Nous le savons, une petite parole blessante peut avoir des conséquences très graves. Pire encore : si tu le maudis. C'est-à-dire si tu lui veux du mal. Si dans notre attitude quelque chose a pu blesser notre frère, notre sœur, il est important de venir demander pardon. Il faut chercher à obtenir le pardon non seulement de Dieu mais bien sûr aussi de celui que l’on a blessé, nous dit Jésus. Exigence de l’Évangile. Exigence dans l’ordre de l’amour. Nous devrons en rendre compte. Nos prières ne sont plus écoutées, nos offrandes ne sont plus reçues. A l’inverse la réconciliation, le pardon, sont un nouveau pont vers l’autre mais aussi vers Dieu. Jean-Paul II disait dans ce sens : « L'homme qui pardonne ou qui demande pardon comprend qu'il y a une vérité plus grande que lui. » Parce que « l’erreur est humaine et le pardon divin ». (Alexander Pope, philosophe anglais

Homélie du 5e dimanche du temps ordinaire – 9 février 2020

 

C’est sur une montagne que nous entendons ce sommet de l’enseignement de Jésus. Hauteur où il nous conduit. Parfaite réussite. Résultat du chemin des béatitudes annoncées par Jésus juste avant. Heureusement que Jésus est venu sur la terre pour nous montrer ces hauteurs. Nous aimons la montagne, même si nous n’y sommes jamais encore allés. Nous l’admirons d’en bas. De notre bassesse. Nous qui sommes pauvres, affaiblis par le péché, touchés par la souffrance, atteint par la maladie, nous regardons ces sommets où Jésus veut nous conduire, plus encore nous soulever.

 

Car il ne parle pas de lui aujourd’hui, mais de nous, de notre vie, de ce que nous sommes et de ce que nous sommes appelés à être. Il ne dit pas « Je Suis » mais « Vous êtes ». Qui nous sommes-nous ? Il nous dit : « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde ». Jésus cherche à nous faire comprendre ce que nous avons à être et à faire, nous qui avons décidé de le suivre. Vous avez une mission à remplir vis à vis du monde, vis à vis de ceux qui sont à côté de vous. Vous êtes comme le sel de la terre, c’est à dire vous pouvez donner sens à la vie de tout homme sur la terre. Vous êtes comme une lumière pour le monde. C’est à dire, par votre vie, vous pouvez éclairer celle des autres et toutes les réalités temporelles.

 

Mais comment être ainsi sel pour la terre et lumière pour le monde ? En suivant Jésus, en l’imitant. Il nous faut, comme lui, nourrir ceux qui nous sont proches, couvrir ce qui sont pauvres, accueillir chez nous ceux qui n’ont pas de maison. Quelles occasions nous sont donnés de pouvoir le faire ? Il ne s’agit d’attendre de pouvoir faire de grandes œuvres. Dans toutes nos relations quotidiennes, et quel que soit notre état, jeune ou âgé, bien portant ou malade, nous pouvons mettre en application ces paroles du prophète Isaïe : Partager son pain avec celui qui a faim, c’est lui donner ce que l’on possède de vital : c’est par exemple lui donner de notre temps parfois plus précieux que beaucoup d’argent. Recueillir chez soi le malheureux c’est peut-être partager notre tranquillité, notre repos avec ceux qui ne savent pas où aller, qui sont seuls. Couvrir celui qui est sans vêtement, c’est apporter le réconfort à ce qui en ont besoin.

Et comment pouvons-nous le faire alors que nous sommes nous-mêmes pauvre et fragile ? Paul, dans la deuxième lecture, se montre ici un exemple pour nous : il se sait faible, craintif et tout tremblant. Et cependant c’est ainsi qu’il a fait connaître Jésus-Christ. Comment cela se fait-il ? Il est plein du Christ et c’est de cette façon que, tout en restant pauvre, il peut en témoigner. Pour nous aussi cela est pareil. Pour transmettre la charité du Christ autours de nous il n’y a qu’un moyen : il faut chercher à vivre avec le Christ, à le connaître, à être uni à lui. La prière est un lieu essentiel pour cela. Et c’est ce que Jésus lui-même nous invite à faire : si nous nous éloignons de lui, alors nous perdons notre nature de disciple du Christ, alors le « sel » se dénature, alors nous n’avons aucune « lumière » à transmettre. Cependant si nous puisons notre charité en lui, alors nous ferons vraiment du bien. Et nos proches comprendrons qu’il ne faut pas seulement nous remercier, car cela ne vient pas de nous, mais ils rendront gloire à notre Père qui est aux cieux. Ainsi nous leur auront faire connaître la source de l’amour.

Homélie de la Présentation du Seigneur au Temple - Dimanche 2 février 2020

 

 

 

 

 

A

 

ujourd'hui, c’est la fête de la Présentation de Jésus. Et nous ne trouvons au Temple, le lieu saint du peuple juif, que deux bons et saints vieillards. Personne d’autre n’attire notre regard. Seuls eux vont reconnaître le Seigneur en ce nouveau-né. Ces deux personnages nous sont bien sympathiques. Pourquoi ? Probablement parce qu’ils font écho à notre propre expérience de rencontre du Seigneur. Nous aussi un jour, nous l’avons reconnu. Nous aussi comme Siméon et Anne, remplis de l'Esprit-Saint, nous avons tressailli intérieurement, reconnaissant la lumière de vérité resplendissant en Jésus, proclamant notre foi devant lui et devant les autres. Et nous aussi, comme ces deux personnes âgées, il nous semble être un peu seuls dans un monde qui ne semble pas vivre la même découverte que nous. En effet elles ne sont que deux en ce lieu pourtant saint à vraiment rencontrer Jésus. De même, notre rencontre du Christ fut en même temps forte, réelle, à un moment bien précis et pourtant souvent solitaire, secrète, cachée. Surprise pour nous de la radicalité et de l’absolu de cette rencontre, et pourtant en même temps, par contraste, du peu de changement que cela provoque autour de nous, de l’indifférence de notre entourage qui lui ne semble en rien vivre la même chose. Je me souviens, alors que j’étais lycéen en internat, et que j’avais fait l’expérience de la présence de l’amour de Dieu dans la prière, être si surpris qu’aucun de mes camarades ne vienne à la chapelle pour participer au temps de prière alors que cela me semblait si juste, si bon, si facile d’y aller.

L’expression de leur rencontre a dû produire un peu d’étonnement et peut être même un petit attroupement dans le temple. Cependant, assez vite, l’agitation produit par leurs manifestations de joie a vite disparu. C'est joyeux et humble, en même temps. Et c'est ainsi presque pour tous les temps. Lorsque l’Esprit Saint nous donne la force d’exprimer notre rencontre du Seigneur, cela attire parfois nos proches qui, soyez-en convaincus ont comme vous soif d’absolu et de bonheur, et cependant cela ne va pas souvent plus loin qu’un petit attroupement, cela n’a souvent qu’un écho éphémère. Que faire alors ? Quel doit être notre attitude spirituelle ? Regardons Siméon et Anne. Entrons dans leur attitude spirituelle. Vous les croyez à la fin de leur vie ? Prêts à mourir ? Au contraire ! Pour eux tout commence. C’est le début de leur vie spirituelle, car c’est le début de l’œuvre de la Rédemption en eux. Et que font-ils pour commencer ? Ils se livrent à l’Esprit-Saint. Ils sont prêts à tout, abonnés d’eux-mêmes, tout prêts à se remettre entre les mains de celui qui a su lui-même se présenter si pauvre. Livrons-nous à l'Esprit-Saint et sachons attendre dans le silence et la prière comme Siméon et Anne, serait-ce jusqu'à l'extrême vieillesse, pour recevoir Jésus et la Sainte Famille quand ils se présentent à nous et leur permettre ainsi de commencer en nous et à travers nous leur œuvre de salut.                                                        Alexis de Brébisson

Homélie du 3ème dimanche du temps ordinaire- Dimanche 26 janvier 2020 – Année A

 

Il est temps pour Jésus d’agir. Et que fait-il ? Il nous appelle.

 

Même la liberté humaine a besoin d’être conduite. Peut on construire notre vie sans être conduit par qui que ce soit ? Un enfant par ses parents. Le Fils par son Père. Nous par Jésus.

 

Jean-Baptiste a fini sa mission. Arrêté. Mis en prison.

 

Jésus sort.

 

Et il part dans le mouvement de la vie. Il va là où la vie est : Capharnaüm. Dans le pays de Nephtali et Zabulon. Allusion pleine de sens pour l’auteur évangélique, St Matthieu, ayant toujours le souci de situer Jésus dans la grande épopée biblique. En effet, du temps d’Isaïe, ce territoire à l’est d’Israël, avait subi une défaite. Et le prophète avait annoncé cependant que le salut viendrait de là. Comme le soleil qui se lève à l’est, un roi viendra manifester sa gloire en cette région. Jésus se révèle comme ce roi libérateur : il est la lumière qui se lève sur Israël mais sur toute l’humanité aussi, désignée par ce carrefour des nations.

 

Nous sommes donc à un tournant. C’est l’aurore du soleil levant. Nous passons des ténèbres à la lumière. Que va-t-il donc faire ?

 

Un discours de campagne ? Une annonce de son programme ?

 

Il prend la parole. Et sa parole est efficace. Elle agit et touche les cœurs. Elle appelle d’ailleurs à la conversion.

 

C’est-à-dire à l’honnêteté : vis-à-vis de Dieu en reconnaissant que nous lui devons tout. Avec nos proches, à qui nous devons tant, en leur étant plein de gratitude. Avec soi-même, en restant à sa place, sortant de toute prétention et m’as-tu-vu. Honnête dans ses paroles, en ne jouant pas avec le mensonge. Honnête avec l’argent. Importance de cette recherche de l’honnêteté, pour construire cette maison intérieure et surtout nous préparer à la venue du Royaume. Tout proche. Oui, ne négligeons pas cette exhortation si souvent entendue : « convertissez-vous » ! Entendons bien : sois honnête, sois droit, sois vrai dans tes paroles et dans tes actes. Attitude foncière pour envisager la possibilité d’une rencontre avec le Christ. Appel tout simplement à reprendre conscience de ce sanctuaire inviolable qu’est notre conscience qui à chaque instant nous dit : « fais le bien, évite le mal ». Reste à l’entendre, à y prêter attention.

 

Fais le bien…. Et n’y a-t-il pas de plus grand bien, de choix meilleur que celui de l’amitié, de la relation, de la confiance ?

 

Choisis le bien…. Et n’y a-t-il pas de plus grand bien que Dieu lui-même ?

 

Jésus va donc maintenant offrir à l’homme, à un puis deux puis douze de faire ce choix le meilleur qu’il soit, le bon choix, celui d’entrer en relation avec lui, Dieu fait homme, de lui faire confiance, de le suivre. Il appelle des disciples pour vivre avec lui. Lui, qui est le bien. Il appelle ses disciples à faire avec lui le bien : il les nomme tout de suite « pêcheurs d’hommes » : tirer des hommes de la mer, c’est les empêcher de se noyer ; c’est les sauver.

 

A notre tour : entendons dimanche cet appel à la conversion. A nous remettre devant notre liberté, notre conscience, notre merveilleuse capacité à choisir le bien. Espérons entendre le Christ frapper à notre porte pour nous appeler à le suivre. Il le fera quand il sera sûr que nous serons suffisamment libres pour faire ce choix, le plus grand de notre vie : vivre en sa présence et avec lui porter l’Evangile.

 

Père Alexis de Brébisson

 

Homélie du 2ème dimanche du temps ordinaire- Dimanche 19 janvier 2020 – Année A

 

Que dire sur Jésus ?

 

Rendre compte de sa foi, c’est bien la mission d’un chrétien. Non pas à concevoir comme un « devoir », mais comme un désir de partager ce que l’on a découvert de plus grand : Jésus. Témoigner, c’est aussi notre vocation prophétique. Dieu me saisit, un moment ou l’autre, quand ce n’est pas chaque jour, pour me conduire, tel un prophète à témoigner de lui, auprès de mes proches, qui sont parfois aussi mes contradicteurs. Que dire alors ? Même si nous n’avons pas à en nous soucier, car il nous est promis alors le soutien et la lumière de l’Esprit-Saint (cf. Mt 10, 19), il est bon aujourd’hui de porter attention ce que Jean-Baptiste, dit sur Jésus.

 

Faut-il présenter Jean ? Il est le baptiste, c’est-à-dire celui qui invite les juifs à revenir vers Dieu en vivant cette démarche symbolique de traverser le Jourdain. Il est le précurseur, c’est-à-dire celui qui annonce par sa parole et sa vie aussi, le salut de Jésus. Il est désigné par Jésus comme le « plus grand parmi les enfants des hommes » justement parce qu’il est celui qui annonce par excellence sa venue. Il est aussi considéré comme les « derniers des prophètes » qui dans la première Alliance, ont prophétisé sa venue. Que dit donc Jean-Baptiste sur Jésus dans l’Evangile d’aujourd’hui ? Il le présente comme : l'Agneau de Dieu, un personnage existant depuis toujours, le porteur de l'Esprit Saint, l'Élu et le Fils de Dieu.

 

Qu’est-ce donc que cette figure de « L'Agneau de Dieu » ? Elle est à elle seule un résumé de l'histoire de l'Alliance, puisqu'elle évoque à la fois :  l'agneau pascal de l'Exode, dont le sang, projeté sur les montants de la porte de chaque maison des Hébreux, protégea ceux-ci la nuit de leur délivrance ; le Serviteur souffrant, que décrit le prophète Isaïe, mené à la boucherie, à cause des péchés de son peuple ; l'agneau vainqueur qui, selon les apocalypses juives, devait détruire le mal dans le monde.

 

Pour Jean il était donc important de faire comprendre aux juifs que cet homme était bien le Messie attendu, celui qui va les libérer, celui qui accomplit la prophétie d’Isaïe, celui qui apporte la paix. Nous aussi, quand nous allons parler de Jésus, il est important de témoigner qu’il libère chaque être humain de toute forme d’esclavage, que par sa croix il s’associe à la souffrance de toute l’humanité et prend sur lui nos péchés, et que sa présence seule peut détruire le mal dans notre monde.

 

Quant à la préexistence de Jésus, quelle merveille d’entendre Jean la proclamer ! Quelle sens prend alors cette annonce d’un baptême dans l’Esprit-Saint : Dieu se fait homme pour faire de l’homme un dieu. Quelle grandeur ensuite dans ces humbles affirmations de Jean : « il faut qu’il croisse et que je diminue… Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales ». Quelle importance à notre tour de témoigner de la seule connaissance qui puisse à ce point bouleverser aussi notre propre vie et toute l’humanité : Dieu se fait un homme. Jésus est. Dieu est dans notre monde. Plus grande des vérités. Plus grand des émerveillements. Vérité qui, en se faisant lumineuse à l’intelligence et au cœur humain, touche, bouleverse et convertit : Dieu vers moi, en moi, comme moi, avec moi. Moi en Dieu. Me convertit et me rend humble.

 

Enfin l'évangéliste souligne que l'Esprit, descendu sur Jésus au baptême, est demeuré sur lui. Cet Esprit dans la bouche de Jean, c’est la puissance et la force, le souffle et l’emprise, celui qui meut et qui conduit. Jésus, homme, se laisse conduire par l’Esprit-Saint avec qui, avec le Père, il ne fait qu’Un. Merveille d’une humanité dont tous les actes sont voulus, pensés, impulsés par le souffle divin. Appel à s’intéresser alors à la signification de tous les évènements de la vie de cet homme. Chacun parle de Dieu, dévoile qui est Dieu. Même quand Jésus dort. Même quand Jésus se met en colère. Même quand Jésus pleure. Même quand Jésus se tait et prie. Un appel nous aussi à dire à nos proches de prendre enfin le temps avec leurs yeux et leur intelligence d’adulte, et avec un cœur ouvert aussi, d’ouvrir le livre de la vie du Christ, l’Evangile, d’y scruter ainsi les gestes de Dieu qui cherche par tout ce qu’il fait à nous dire, s’il ne fallait dire qu’une chose : « je t’aime ».  

 

Père Alexis de Brébisson

 

Homélie du 4eme dimanche de l’Avent 22 décembre2019 – Année A

 

 

 

L

 

es choix de Dieu sont-ils sensés ? A-t-il raison de m’avoir choisi moi, si peu à la hauteur de la mission qu’il me confie ? A-t-il raison de vous avoir choisis vous, si indignes du rôle de père et de mère, d’époux, de frères et de sœurs, de fils et de fille, qu’il vous a donné ? A-t-il raison d’avoir choisi l’Église pour répandre sa bonne nouvelle ici-bas, comme établissement de règne dès maintenant ? A-t-il raison d’avoir pris la petite Marie et Joseph le Charpentier pour famille ? A-t-il raison d’avoir pris ce peuple qu’est Israël pour préparer la venue du Messie ? Pourquoi Dieu a-t-il fait ces choix ? 

 

Avec Israël nous attendons le Seigneur

 

Dieu a choisi ce peuple non pour ses qualités mais parce qu’il est le plus petit. Par ses prophètes, il lui révèle, générations après générations ses faiblesses, ses erreurs, ses infidélités, non pour le rabaisser mais pour le préparer petit à petit à accueillir le Sauveur. Aujourd’hui Isaïe s’attaque au roi Acaz. Il lui reproche dans sa manière de gouverner de ne plus s’appuyer sur le Seigneur, mais par ses alliances avec le peuple assyriens, de compter sur leurs idoles. L’annonce solennelle de la venue d’un autre héritier, alors qu’il vient de sacrifier volontairement son premier fils, met en valeur que Dieu continuera coute que coute, malgré lui s’il le faut, à réaliser son œuvre de salut pour le peuple d’Israël.

 

Avec Israël attendons nous aussi le Seigneur ? celui-ci nous a choisis et nous aime non pour nos qualités mais parce qu’il veut réaliser en nous, pauvres, une œuvre d’amour. Noël, c’est se disposer à cette œuvre du salut qui est appelé à se réaliser en chacun de nous. Par le moindre de nos petits actes quotidiens, Dieu veut manifester sa présence. Il attend pour cela notre assentiment, notre volonté, que nous comptions sur lui et non sur nous.

 

Avec Marie et Joseph nous attendons le Sauveur

 

Fils et Fille d’Israël, Joseph et Marie ont appris à être attentifs aux appels du Seigneur. « Shma Israël », Ecoute Israël, le Seigneur ton Dieu.  Se sachant petits, ils sont disposés à obéir. Ils écoutent la parole de l’ange, disent ou, et permettent ainsi à l’Esprit-Saint de réaliser son œuvre de salut à travers eux. Ils ont rendu leur foi vraiment effective par un engagement, un don complet. Il en sera de même pour nous : notre foi se manifestera par l’obéissance et s'affirmera par le don complet de nous-mêmes.

 

Avec l’Église nous attendons le Sauveur

 

A son tour, l’Église reçoit la mission d’attendre le salut, en étant attentive à l’œuvre que l’Esprit-Saint veut accomplir par elle dans notre monde d’aujourd’hui.

 

Cette certitude, nous la vivons ensuite chacun de nous selon notre vocation particulière, selon notre devoir d’état : il s’agit de ne pas manquer les appels que le Seigneur nous fait, aussi déconcertants soient-ils, pour que son œuvre se réalise. Le Seigneur en effet semble parfois nous demander des choses qui nous dépassent. Pourquoi ? Car son action éclate plus fortement quand elle est portée par des tous petits. Voilà peut être pourquoi il nous a choisis pour remplir cette mission.

 

Dans l’Eucharistie tous ensemble, appelons le Christ à venir nous sauver, disons-lui que nous sommes prêts, en raison même de notre pauvreté, à collaborer à son œuvre.

 

Père Alexis de Brébisson

 

 

 


Homélie du 3ème dimanche de l'Avent

Qu’est-ce que cette grâce qui nous est donnée au baptême ? Quand le prêtre a fait couler l’eau sur notre front et qu’il a dit : “ Je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ”, la grâce est descendue dans notre âme. Qu’est-elle ? Une chose mystérieuse, aussi mystérieuse que Dieu lui-même : c’est une participation créée à la vie de Dieu, à la nature de Dieu.
Elle nous fait enfants de Dieu, elle nous fait comme Dieu. C’est quelque chose qui participe à la vie de Dieu. Cette grâce nous permet de faire des opérations comme Dieu. Nous n’avons pas la toute-puissance ni l’infinité, mais enfin elle nous permet de faire des opérations intellectuelles d’intelligence et d’amour comme Dieu lui-même, d’entrer en relation avec lui, donc d’agir comme lui.
C’est du feu dit Jean-Baptiste, plus simple de l’eau !
Dans cette vie qui nous est donnée — car c’est une vie —, il y a une force, une puissance, une orientation. Il y a un élan vers Dieu, une aspiration.
Un baptisé a sa vie orienté vers Dieu, ce qui lui permet d’affronter sans crainte toutes les tempêtes ici-bas.
Le baptême nous marque pour l’éternité, pour la vie trinitaire. “ Je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ” : dans cet énoncé des trois Personnes divines, il y a notre destinée, l’énumération de notre famille. Nous sommes appelés à entrer dans la Trinité.
Que sont donc les bouleversements du monde alors que nous possédons en nous ce trésor, cette participation de la vie de Dieu et cet appel à l’intimité divine, à la vie trinitaire ?
Nous disons volontiers que tout cela, c’est du transcendant ou du “ mystique ” même. Peut-être nous, chrétiens, confondons-nous parfois mystique, transcendant, avec irréel. Non ! Le réel est là ! Dieu nous a créés pour son éternité, pour sa joie et pour son amour, de nous aimer chacun comme il aime son Fils, comme il aime son Esprit Saint. Toutes les choses terrestres, toutes les choses naturelles, tous les bouleversements ne sont rien en comparaison de cela ! La paix que nous cherchons, elle est là, dans la tranquillité de cet ordre que nous devons réaliser, de notre marche vers Dieu, de l’harmonie que nous devons réaliser en allant retrouver la place et remplir la fonction que Dieu nous destine. La voilà, la paix véritable au-delà de tout. Y en a-t-il une autre ici-bas ? Je ne sais... Dans l’ordre transcendant en tout cas, il n’y a que celle-là : voilà ce qu’est la grâce, la grâce baptismale.
La perfection chrétienne est indépendante de toutes les modalités, de tous les modes humains, de toutes les perfections naturelles, sensibles, intellectuelles ou même de toutes les perfections de l’ordre moral. La perfection pour nous, la perfection chrétienne, c’est d’atteindre Dieu. Notre perfection est en Dieu, c’est l’union à Dieu et, par conséquent, le développement de notre grâce baptismale ; elle n’est pas ailleurs, il n’y a pas autre chose que cela. Tous les modes, toutes les méthodes, tous les moyens, toutes les ascèses doivent conduire à cela.
Ne confondons pas le moyen avec le but. La perfection n’est pas dans une perfection humaine transitoire, dans un développement de l’intelligence, pas même dans une perfection morale en soi. Non ! Elle est uniquement dans la réalisation de notre vocation surnaturelle, dans l’épanouissement de la grâce qui nous est donnée au baptême ; elle n’est pas ailleurs.
Voilà la richesse qui nous a été donnée par Dieu : notre foi en Dieu, notre relation établie avec Dieu par cette réalité qu’est la grâce, participation de la vie de Dieu, qui nous oriente vers lui.
Quand on a pris conscience de sa grâce baptismale, du sceau qu’elle porte, de la lumière qu’elle donne, de la direction qu’elle imprime, des espérances qu’elle donne, on a une ancre dans sa vie pour son âme. Il ne semble pas que la désespérance puisse nous atteindre, il semble même que soit apaisée toute inquiétude. Dieu m’a aimé. Dieu m’a donné sa grâce. Dieu m’appelle : c’est lui qui est mon espérance.

D’après le Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus

 

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Homélie 2e dimanche de l’Avent - Année A

 

Mes frères et sœurs, sommes-nous prêts à accueillir la venue du Seigneur ? Avons-nous pris conscience ce que l’Église nous annonce depuis dimanche dernier ? La venue du Royaume de Dieu. Avons-nous conscience de ce qu’il convient de faire pour préparer cette venue ?  Dimanche dernier, l’Église nous donnait d’entendre à ce sujet un avertissement très rude de la part de Jésus : « l’un sera pris, l’autre laissé ». Aujourd’hui par la voix du prophète Jean le Baptiste, précurseur du Seigneur, l’annonce de la fin des temps est à nouveau faite : « le Royaume de Dieu est tout proche ! ». Puis, se mettant dans les pas du prophète Isaïe, il invite à préparer chacun en son cœur les chemins du Seigneur. Il sait en effet qu’il ne s’agit pas pour lui d’annoncer une royauté extérieure. Que doit-il annoncer ? Le règne du Christ en chacun de nous. Et pour cela il faut préparer nos cœurs à l’accueillir, les convertir. Le Messie arrive juste derrière lui : la clarté de l’aurore l’annonce.

 

Dieu lui-même aime préparer les choses. Car tout ce qui est réussi ne l’ai que par une grande préparation. Le monde ne s’est pas fait en un jour. Et toute l’histoire du peuple d’Israël est préparation de la venue du Sauveur. Par le temps de l’Avent, l’Église nous invite aussi à entrer résolument dans cette préparation de la venue du Sauveur. Bientôt Jésus sera là couché dans la paille. Il y vient pour nous. Il veut nous donner son salut et le don de la vie éternelle. Il faut absolument que pendant ces jours qui viennent, alors même que nous sommes happés par les soucis de ce monde, nous prenons conscience de tout ce que nous lui devons. Seul moyen : le recueillement. Prendre le temps de l’accueillir chez nous.  Nous savons bien prendre le temps de préparer la venue d’un ami chez nous : rangement, préparation d’un repas, etc. Lorsque j’étais en régiment, je me souviens le travail colossal que demandait la préparation de la visite d’une personnalité. De même, nous dit Jean-Baptiste, il faut nettoyer notre âme. Nous avons tous besoin de recevoir le baptême de Jean-Baptiste avant de recevoir celui du Christ. Entendons donc ces paroles si dures du prophète à l’égard des pharisiens, comme nous étant adressé à nous aujourd’hui. Nous avons à vivre ce baptême préparatoire, de pénitence, qui manifeste en celui qui le reçoit le désir de changer son cœur.

 

C’est un réel appel à nous confesser pour Noël et à donner des fruits qui exprime notre conversion.  Dépassons tout respect humain et toute honte pour nous ouvrir au pardon de Dieu. Nous faisons tous les mêmes fautes, et devons tous courir recevoir le pardon de Dieu, que celui-ci nous accorde par la voix du prêtre à tous les coups. Allons au baptême de Jean-Baptiste par la confession. Le pardon de Dieu est accordé à tous ceux qui s’approchent de ce sacrement personnellement devant un prêtre. Le prêtre reçoit, comme Jean-Baptiste, cette mission de conduire à la conversion par la confession. Quelle grave crise aujourd’hui dans notre Église que la perte de l’habitude de la confession. On ne peut pas se confesser directement à Dieu. Nous le savons bien aussi dans notre expérience humaine, tout pardon ne peut venir que si la personne exprime à haute voix son repentir. Je me souviens d’une maman qui m’avait amené son fils, afin qu’il me demande pardon directement pour une bêtise commise lors d’un rassemblement. J’étais pourtant déjà au courant, je connaissais déjà son repentir, et il savait que je ne lui en tenais pas rigueur. Mais l’aveu personnel et la parole individuelle de pardon devaient être exprimés pour que cela soit effectif. De même que Jean-Baptiste était appelé à préparer ces contemporains à la venue du Christ, de même le prêtre reçoit cette mission de préparer à la venue du Christ : « ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis » dit Jésus aux apôtres. Moi, comme vous, nous devons nous approcher de ce sacrement et confesser au prêtre notre péché. Dans un livre témoignage, « Dé-chainé », Joseph Labèze, après une vie de souffrances et d’errances, témoigne qu’il s’est reconstruit autour du pardon. Voilà ce qu’il en dit : « La confession, c’est immense ! C’est une joie qui se partage entre moi, le prêtre et Dieu. Et les grâces sont autant du côté du pécheur que du prêtre. Un prêtre qui ne confesse plus, c’est un prêtre qui se meurt. Dans ce sacrement, Dieu agit par l’un dans l’autre. Les deux sont nécessaires pour qu’il puisse déverser sa miséricorde et nous "jeter dans un brasier ardent" pour reprendre les mots de sainte Thérèse. C’est comme ça que s’est reconstruit une image de père pour moi, une image miséricordieuse ; c’est comme ça que j’ai avancé dans la foi, l’amour, le respect de l’autre, une plus grande écoute. » Nous devons ensuite produire un fruit qui exprime notre conversion : ce que l’on appelle habituellement la « pénitence » donné par le prêtre à la fin de la confession. Demandons au Seigneur de renouveler en nos cœurs ce désir de recevoir personnellement le sacrement du pardon, et la force de faire la démarche auprès d’un prêtre, quel qu’il soit.                         Père Alexis de Brébisson

 

HOMELIE FETE DU CHRIST ROI

Trois fois retentit la même interpellation à Jésus crucifié : « Si tu es... » ; « Si tu es le Messie » ricanent les chefs... « Si tu es le roi des Juifs », se moquent les soldats romains ... « Si tu es le Messie » injurie l’un des deux malfaiteurs crucifiés en même temps que lui. Chacun interpelle Jésus à partir de sa situation personnelle : les chefs religieux attendent l’Elu de Dieu. Les soldats ricanent sur ce roi. Quant au malfaiteur, il attend qui le tire de ce mauvais pas. Déjà une fois le Christ avait entendu à trois reprises ce « si tu es… ». Rappelez vous de l'interpellation du diable au désert. Finalement à chaque fois c'est la même question qui est lancée : celle de la Toute Puissance ou non du (Christ sur la terre. Dieu peut-il tout ici bas et au ciel aussi d’ailleurs ? Nous constatons que Jésus ne répond plus à ces questions. Il n’est plus maintenant devant un tentateur mais devant des juges qui le condamnent. Nous sommes devant un Dieu que l'homme juge et crucifie. 

Le 15 novembre a eu lieu à Paris un procès étonnant, le procès de Dieu, lors du festival d'éloquence « Le choc des légendes ». devant plus de cinq cents personnes, dans l'amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne. C’est d’abord l'envoyé du diable et le séraphin de Dieu qui ouvre le procès. « Le monde est vide », assène la première à l'audience. « Soyez gentils, un jour tout se paiera et un jour vous aurez peut-être besoin de moi », prévient, espiègle, le second. Puis les témoins, deux chercheurs, dont l'astrophysicien Marc Lachièze-Rey, sont entendus. Ce dernier le concède : « Faire de la science ni ne rapproche ni n'éloigne de Dieu. » Difficile à ce stade de prendre parti ; l'heure, pour les avocats, d'entrer en scène. 

Me Christian Charrière-Bournazel, ancien bâtonnier du barreau de Paris et défenseur des victimes de Klaus Barbie et de Maurice Papon, qui campe le rôle de l'avocat général, lance les hostilités. Il gagne la barre fictive pour porter l'accusation et dévoile d'un ton grave un réquisitoire ciselé. Si Dieu est « insaisissable et absent », il n'en est pas moins « irresponsable », prévient l'homme de loi, avant d'articuler autour de quatre accusations, son argumentaire : 1. la désertion (« L'ordre du monde appartient à l'absent […], il déserte et nous laisse dans une incertitude totale ») ; 2. la non-assistance à humanité en danger (« L'humanité connaît des dangers qu'elle ne peut s'imputer qu'à elle-même […], mais l'être humain est innocent de la peste, de la lèpre, d'Ebola, du sida ») ; 3. l'omission volontaire et constante de porter secours (« Protestants et catholiques s'étripent au nom du même Jésus, Dieu n'intervient pas, sunnites et chiites au nom du même Allah, Dieu ne bouge pas ») ; enfin, 4. l'abandon de famille (Dieu « a abandonné Jésus de Nazareth, pourtant plus grand des fils »). « Notre seule chance de ne pas être désespérés, ce n'est pas de répéter que Dieu est le grand absent, c'est de nous manifester les uns aux autres l'attention que nous voudrions qu'il nous porte », conclut l'avocat général, les bras tendus vers le ciel. Et de solliciter la peine suivante : « Qu'il soit fait injonction à Dieu de ressembler au meilleur de tous les êtres humains. » Si Dieu est insaisissable et absent, il n'en est pas moins irresponsable « Nous sommes tous nés, sans l'avoir voulu […], nous avons été jetés dans l'existence comme on jette un colis sur le quai d'une gare et puis “vas-y, prends le train, débrouille-toi !” Dieu comprend qu'on lui en fasse le reproche, il le comprend », assure quant à elle l'avocate de la défense, Me Solange R. Doumic, qui a défendu la famille de l'une des victimes de Guy Georges et est aujourd'hui l'avocate de plusieurs victimes des attentats du 13 Novembre. Elle déplore : « Nous confondons la présence et le pouvoir. » D'un ton grave, elle avance : « Vous accusez mon client de n'être pas intervenu alors qu'il est tout-puissant et moi, je viens ici défendre le client que j'ai rencontré et il n'a même pas pu me parler : il est tout petit, si petit qu'il s'efface. » Et précise, devant l'audience attentive : « Le royaume de Dieu, c'est l'âme des justes, l'âme de ceux qui acceptent leur petitesse, leur finitude, leurs souffrances […], alors condamner Dieu, c'est tuer notre vulnérabilité, tuer nos faibles, nos petits, nos blessés, nos boiteux, c'est nous tuer nous-mêmes. Au lieu de lui reprocher nos blessures, trouvons-le au sein même de cette humanité blessée. » Face à l'assemblée silencieuse, elle conclut sa plaidoirie : « Je vous demande de condamner l'humanité à l'amour ! » Des mots qui ne laissent insensibles ni l'audience, manifestement acquise, qui l'ovationne, ni l'avocat général, pris d'un élan surprenant : il rejoint la barre pour serrer dans ses bras l'avocate de la défense. La main de Dieu ? Dernier acte, à l'issue de plus de deux heures d'une audience  et après délibéré d'un jury composé d'intellectuels, de responsables politiques, de fondateurs d'ONG et d'un moine. C'est au juge, incarné par Christian Vigouroux, président de l'Institut Pasteur, de se prononcer. S'il confie d'abord son inimitié pour ce « Dieu qui avance masqué », qui « circule sous alias (Jésus, Allah, Vishnou…) » et qui vit en « bande organisée, avec ses saints », il s'interroge : quelle peine lui appliquer ? Une peine aurait-elle même un sens ? « La sanction ne troublerait-elle pas la société plus que la non-sanction ? » questionne-t-il, pondéré. « On ne va pas fermer le bureau des plaintes ! » annonce-t-il. Et de conclure, dans un amphithéâtre pendu à ses lèvres : « Accordons à Dieu le temps de l'hésitation, qu'on pourrait appeler le temps d'un délibéré prolongé pour l'éternité […]. Entre le doute du pénaliste et la foi du croyant, laissons-lui cette liberté », tranche-t-il, sous l'ovation. 

Il y a 2000 ans, Dieu fait homme, se mettant délibérément du côté des petits, des innocents, des  boucs émissaires, n’eut pas la même indulgence de la part de ces accusateurs et de son tribunal. Mais il le savait et l’accepta. C’est lui qui librement donna sa vie, choisit de se révéler Roi de l’univers en se montrant serviteur, agneau innocent immolé. Il rejoint bien le sort des plus petits et de tous ceux qui préfèrent choisir le pardon à la défense, le silence à la réplique violente, perdre plutôt que faire du mal. C’est bien l’humanité qui se dévoile dans ce qu’il y a de plus authentique. Humiliée mais vraie, pure, resplendissante de l'amour qui pardonne et accueille. « Père, pardonne leur ils ne savent pas ce qu'ils font » Ils ne sont pas libres. « Je te le promet : aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. » La puissance de l'amour de Jésus. C’est devenu notre bien à nous. Aujourd’hui. Dans l'Église. Abusons de cette vie divine qui circule dans nos veines depuis le jour de notre baptême. Nous savons que le salut, le relèvement, la liberté, se trouve dans l'anéantissement, l'abandon, le dépouillement. Le service, l'enfance, la dépendance. Je sais que je ne me trompe pas en disant oui lorsque l'on me donne la dernière place. Je sais que je n'ai pas à m’inquiéter face aux contrariété. L’amour est victorieux. Il m’envahit et me libère. Je le transmet et rien ne peut l'arrêter. 

Pour finir, tournons nous vers le lieu symbole de l'horreur du 20e siècle: Auschwitz. Contemplons Maximilien Kolbe donnant sa vie. Libre ! Libre ! C’est lui qui est libre, qui est roi, qui est décide, ou plutôt la grâce de Dieu en lui, et non plus l'officier allemand. Car c'est lui qui aime, jusqu’à chanter du fond du cachot et transformer l'enfer en Paradis. Un polonais, prisonnier lui aussi à Auschwitz, répondait à la question : « Qu'est ce que l’essence de l'homme ? » C'est ce qui lui reste quand on lui a tout enlevé. » Puissions-nous Seigneur Jésus découvrir dans attendre d’être totalement dépouillé combien tu es l’essentiel de nos vies, roi de l’univers et de notre âme libre et aimante. 

HOMELIE POUR LE 11 NOVEMBRE

« La paix soit avec vous » ! Mot de Jésus à ses disciples. Mot que je vous adresse maintenant.

 

A vous, en ce 11 novembre, qui êtes venus en esprit vraiment de service et de représentation de notre pays pour faire mémoire des 101 ans de la fin de la première guerre mondiale. A vous qui avez conscience de ce que fut cette guerre : tant de morts, tant de drames, tant de destructions, tant de souffrances indicibles !

 

A vous, qui savez votre vie et celle du monde qui vous entoure marqué encore et toujours pas tant de conflit, victime de la fragilité de notre humanité. Car la guerre accompagne, hélas, l’humanité depuis toujours. L’humanité dans sa globalité. Et notre humanité à chacun de nous.

 

En 1914-1918 ce fut la Première Guerre mondiale, c’est à dire, au sens premier du terme, ce fut la première fois que l’humanité se mit ainsi en guerre de façon globale. Ce fut une tuerie de masse, un déluge de fer et de feu, un enfer de boue et de sang.

 

Aujourd’hui, notre humanité n’en est que plus forte en puissance d’armement et tout autant fragile intérieurement en terme de justice, de paix et de réconciliation.

 

D’où l’importance de cette commémoration aujourd’hui et de cette prière à l’église. Qu’elle importance de demander à celui qui nous a donné la vie, d’être avec nous pour faire grandir notre humanité et non la détruire.

 

Le message porté par l’Eglise à la suite du Christ est celui de la paix. Par ces mots débute et s’achève chaque messe : de « la paix soit avec vous » à « allez dans la paix du Christ », il s’agit de recevoir la paix de Dieu pour la partager à ses frères.

 

Cette paix est sans cesse à construire en notre monde.

 

Il ne s’agit pas de la paix comme simple victoire des forts sur les faibles, aussi juste soit la cause, comme on le voit dans tant de films. Il ne s’agit pas de la paix de celui qui reste dans son coin, neutre, pour ne pas être dérangé. Il ne s’agit pas, non plus, de la paix silencieuse des cimetières. La paix que nous inspire l’Evangile, c’est la paix du Christ, fruit de la justice et de la charité, fruit simplement du service et du don de sa propre vie.

 

Il n’y a pas de paix sans justice. Il n’y a pas de justice sans paix. Il n’y a pas de paix et de justice sans pardon. Le pardon ne s’oppose en rien à la justice, le pardon s’oppose à la rancune et à la vengeance. Malheureusement 1914 fut à bien la revanche de 1870. Et 1939 fut une revanche de 1918. Dramatique cycle de la violence…

 

Saint Martin de Tours, centurion romain devenu chrétien, que nous fêtons en ce 11 novembre, partagea en deux son manteau avec un pauvre transi de froid : voilà un acte en même temps de charité, de justice et de paix.

 

Attention à chacun de vous maintenant : en vous tournant maintenant vers Dieu pour prier pour la paix, pour la justice, pour le pardon, vous vous devez au moins d’ouvrir votre cœur à la puissance de la grâce de Dieu, pour en être transformé.

 

Encore une fois laissez-moi vous rappeler cette anecdote au sujet de Mère Teresa : à un journaliste qui lui posait la question : « Mère Teresa, que devons faire pour que les choses changent dans le monde ? », la sainte de Calcutta lui répondit : « Il y a deux choses à faire pour que les choses changent dans le monde : changer, vous et moi ».

 

A titre personnel, je suis de plus en plus convaincu que seul le Seigneur peut déraciner les racines du péché qui sont présentes en moi : la jalousie, la colère, la rancune, et j’en passe et des meilleures. Même si cela ne m’empêche pas de faire un petit effort dans ce sens pour montrer ma bonne volonté. Et pour vous-même, quand pensez-vous ? Je vous propose de prier avec moi, le Seigneur d’accomplir en nous cette œuvre de changement :

 

« Seigneur fais de moi… »

 


Homélie du 32ème dimanche du Temps Ordinaire

 

 

 

Chers frères et sœurs, le saviez-vous ? Dieu est intelligent. Le Christ est intelligent. Il sait toute chose. Il connaît le sens de la vie. Et nous voudrions, nous, le mettre à l’épreuve ! Et nous voudrions, comme ces sadducéens le piéger, en lui racontant une histoire à dormir debout ! Absurdité de notre imagination, petitesse de notre intelligence face au mystère de la mort, de la vie, de l’infini, de l’éternité ! Nous ne nous représentons l’avenir que par rapport à notre référentiel humain limité, raccourci encore plus par notre faible expérience, et par le faible temps que nous consacrons à réfléchir à cette question, pourtant cruciale.
            Qu’est-ce qu’il y a après la mort ? Que fera-t-on pendant l’éternité ? Nos relations d’ici-bas vont-elles perdurer ? Notre chair est-elle appelée à ressusciter ? Oui, quel temps réservons-nous à ces questions philosophiques autant que religieuses ? Réflexion qui influe ensuite sur le chemin à prendre, ou sur la manière de prendre le chemin. Ainsi, si l’on découvre que notre vie ici-bas n’a pas sa finalité en elle-même, alors, différente est la valeur que nous allons lui donner, non pas moindre, mais relative. Si l’on découvre que notre corps d’ici bas n’a pas dit son dernier mot, mais est appelé à ressusciter, alors différente est l’importance que nous allons lui donner, non pas moindre, mais relative. Cette lumière de la Révélation est donc cruciale pour notre vie. C’est un appel à prendre au sérieux l’enseignement du Christ.
            Les sadducéens, qui ont disserté longuement sur la question de la résurrection des morts, ne trouvent pas, ni dans la loi, ni dans les prophètes d’affirmation à ce sujet. Or, ces deux parties de la Bible sont les seules qui pour un juif ont une valeur dogmatique. Pas question pour eux de se fonder sur le récit trop récent des Maccabées, plus joliment appelé aujourd’hui « Livre des martyrs d’Israël », que nous avons entendu en première lecture. Ces derniers venus en effet espèrent en une résurrection que mériteraient pleinement ceux qui sont morts trop jeunes martyrs de leur foi dans le Dieu unique, sans rétributions terrestres. Jésus, répond à leur question-piège en citant, non pas les Maccabées, mais le livre de l’Exode avec le récit du Buisson Ardent. Ce texte fondateur de la Torah, en effet, ne peut être mis en question par les sadducéens. C’est là que Jésus trouve la 1ère affirmation de la résurrection : les ancêtres de Moïse sont nommés. « Moi, je suis le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac et Dieu de Jacob. C'est-à-dire que ceux-ci sont bien vivants encore auprès de moi. »
            Mais Jésus n’en reste pas là. Il apporte sa lumière. Lui qui est la Lumière. Il révèle pleinement ce qu’est la résurrection : une vie pleine et entière avec Dieu, et non une simple continuité d’une petite vie terrestre, qui n’aurait trouvé sa finalité qu’en elle-même et dans les relations bien restreintes même si bien belles que l’on a tissées ici-bas. Première différence radicale : ceux qui sont jugés dignes d’entrer dans le monde qui vient, ne connaîtront plus la mort. Donc, la procréation, au service ici-bas de la continuité de l’espèce, n’a plus de raison d’être au ciel. Je vois déjà certains dans leur esprit dire « dommage » ! Rassurez-vous, les joies liées à l’amour humain ne sont qu’une pale image des joies relationnelles promises par Jésus à ses disciples pour l’éternité. Que dit-il encore ? Nous serons égaux aux anges : récréation extraordinaire. Pascal disait à ce sujet : « Je ne vois pas qu’il y ait plus de difficulté de croire à la résurrection des corps qu’à leur conception, car est-il plus difficile de reproduire un homme que de le produire ? ». Pour décrire cette réalité, un texte juif apocryphe affirme : « l’être humain empruntera tous les aspects à son gré, passant de la beauté à la splendeur, de la lumière à l’éclat de la gloire » (Baruck syriaque, 51). Je préférerai dire « au gré de Dieu ». Oui le moteur de la Résurrection c’est Dieu, le Christ ressuscité. Et c’est en étant d’abord « héritier » de sa Résurrection que nous serons dans le Ciel. Cela n’est ni un dû, ni un pouvoir, mais un don gratuit de Dieu miséricorde. C’est lui qui nous donne la vie éternelle, qui nous meut. Cela dès maintenant. Mais l’avantage, dans le ciel, c’est que nous le verrons et que nous le saurons. Nous saurons donc vraiment comment faire pour bien faire, en faisant avec lui. Et alors, nous serons capables de faire comme Dieu et grâce à Dieu de grandes choses.
            Désirons cette résurrection ! Et soyons-sûr que dès aujourd’hui la foi, bien qu’obscure, nous donne déjà la capacité et la science d’aimer comme Dieu et grâce à Lui. Il ne s’agit donc pas de se demander comment nous vivrons dans le Paradis les relations d’ici bas, mais à l’inverse, comment vivre dès maintenant les relations que nous aurons pour l’éternité. Cela est possible. Ainsi, contredisant Sartre, nous pouvons affirmer que dès maintenant le Paradis c’est les autres, car le Royaume est déjà parmi nous.
 

 

Père Alexis de Brébisson
 

 

Homélie Toussaint 2019

 

Ce matin, j’ai peut-être appris comme vous que commençait le mois sans tabac. Si je ne suis pas concerné par ce problème j’ai quand même écouté l’infirmière qui expliquait avec douceur le type de méthode à privilégier pour arrêter de fumer : changer les habitudes. Par exemple si le café est accompagné d’une cigarette, prendre un thé à la place. Ou encore, ne pas se désoler si l’on a repris une cigarette alors qu’on avait décidé d’arrêter. Et surtout : l’importance de se faire accompagner.

 

C’est pareil je crois pour tout ce que nous n’arrivons pas à bien gérer : la nourriture, la boisson, l’équilibre sportif, l’organisation, etc. Les diététiciens, les coachs sportifs, les coachs tout court, chacun d’entre eux ont aujourd’hui une fonction bien reconnue dans la société. Notre bonne volonté ne suffit pas. Nous avons besoin d’une aide extérieure, de cette personne ad hoc, de ses lumières, de sa présence, de son regard bienveillant, de son encouragement.

 

Il me semble qu’il y a encore un domaine encore où nous n’avons pas encore pris conscience de l’importance d’être aidé : la sainteté, la charité. Arriverons de nous-mêmes à arrêter de commettre des péchés ? d’embêter notre frère ou notre sœur pour des questions de jalousie d’enfants et plus tard d’héritage ? de tricher enfant avec les évaluations au collège ou bien adulte sur les comptes de l’entreprise ? d’être incapable de partager son jouet avec les autres enfants, ou plus tard son argent avec les nécessiteux ? d’arrêter de se considérer comme le meilleur en classe ou au foot enfant, d’être toujours aussi méprisant et individualiste adulte ? de ne pas bouder enfant, de ne pas se renfermer adulte quand cela ne va pas ? de ne pas mentir et se cacher enfant, et encore adulte quand on a commis des fautes petites ou graves ?

 

Les saints que nous fêtons aujourd’hui tombaient dans ces mêmes travers que nous. Mais ils sont devenus saints parce qu’ils ont su, ici-bas, et alors aussi au dernier instant faire appel à l’aide.

 

La volonté qu’il nous est demandé pour sortir de l’ornière du péché, n’est pas celle d’un superman, capable par une seule parole d’arrêter. Non. Nous le savons. Il ne suffit pas de dire : « j’arrête de fumer », « j’arrête de boire », « j’arrête de trop manger », « j’arrête de me laisser aller » pour y arriver. Nous ne sommes pas Dieu. Seul en lui Parole et agir ne font qu’un.

 

Nous avons besoin d’une personne et d’une organisation pour nous y aider. Cette personne c’est le Christ. L’organisation c’est l’Église. En cette fête de la Toussaint, il nous est affirmé que cette réalité est pour nous. Dès maintenant. La fraternité qui apaise. Le partage qui rend heureux. L’honnêteté qui libère. L’ouverture aux autres qui épanouit. La vérité qui illumine. Choisissez le Christ comme coach. Un prêtre pour vous confesser, vous accompagner. Une communauté pour vous porter avec bienveillance.

 

Comme le bon larron repentant sur la croix, premier saint de l’Église, comme Pierre reconnaissant son reniement et affirmant son amour pour Jésus, comme Thérèse qui sait ne pouvoir rien faire sans la grâce de Dieu, comme votre grand-mère qui ne quittait pas son chapelet, tournez-vous vers Jésus. Non pas parce que vous êtes déjà saint, mais parce que vous ne l’êtes pas. Venez à l’Église, à la messe, non pas parce vous êtes parfait et que je serai là pour vous donner je ne sais quelle bénédiction ou médaille, mais pour être porté par des frères et sœurs tout aussi pécheur que vous et désireux aussi de s’en sortir.

 

Dans les mes visites, j’ai envie de crier intérieurement quand j’entends une personne me dire qu’elle ne vient plus à la messe parce que elle ne supporte pas le simple regard des autres qui semble lui dire : «mais qu’est-ce qu’il vient faire ici, lui dont on sait bien que… » ou encore parce que les gens qui y vont ne sont pas meilleur que les autres.
Non ce n’est pas possible !!!! la messe, l’Église, le prêtre, tout cela n’existe pour les pécheurs que nous sommes, pour nous sortir de la boue, du marasme du péché qui nous atteint tous, reconnaissons le, rend morose nos familles souvent, notre société.

 

Les saints dans le Ciel, votre voisin ou votre père, votre mère qui vient de mourir, ne le sera pas plus parce que Dieu aura décidé qu’il aura assez fait de bien dans sa vie, plus que de mal, mais tout simplement par ce qu’il acceptera encore une fois, ultimement, de se laisser conduire et sauver par lui sur le chemin de la charité.

 

Prions donc pour que nous soyons saints dès maintenant, c’est-à-dire que nous nous laissions conduire sur le chemin de la sainteté par Jésus, très concrètement dans l’Église.

 

 

 

HOMELIE POUR LE 30ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 

« Comment s’élèvera jusqu’à Toi, notre Père, l’homme venu d’en bas, si tu le ne le secours pas de Ta main qui l’a fait ? » Cette prière de Saint Jean de la Croix résonne dans mon cœur  alors que grandit en moi le désir, pour ne pas dire l’inquiétude, de savoir comment les personnes si loin de la foi que je rencontre pourront un jour, le plus vite possible, être touchées par le Seigneur.

 

Beaucoup de personnes me confient avoir dans leur enfance découvert Dieu, beaucoup prié et, lorsqu’un malheur est arrivé dans leur vie, elles se sont éloignées, elles n’ont plus « cru en Dieu ». Ah !!! Comment se fait-il que dans le moment même où, crucialement, plus que jamais, le mystère du salut peut se révéler et s’accomplir, le mystère de la mort et de la résurrection, l’anéantissement et le relèvement, au contraire ces personnes-là s’éloignent de celui qui seul peut les sauver, les relever, les guérir, les aimer ?

 

Est-ce que la foi chrétienne leur a été mal présentée ? Ne leur a-t-on enseigné qu’une vision d’un Dieu qui aime bien sûr mais dans le sens où il protège, bénit et empêche les malheurs ? Au point qu’elles ne croient plus en Lui le jour où elles font l’expérience inverse d’un Dieu semble-t-il impuissant à les aider ?

 

Ou bien, est-ce leur cœur qui s’est endurci, devant la violence et la souffrance, se fermant à Dieu et aux autres pour dorénavant se protéger de toute agression et action extérieures ?

 

Ou encore, est-ce que le temps de Dieu n’est pas le nôtre et qu’il saura à son heure se manifester et consoler l’être blessé ?

 

Je ne sais pas. Mais je reçois comme vous aujourd’hui ces lectures comme un appel à inciter celui qui est au fond du trou, le pauvre, l’opprimé, le déprimé et plus encore le pécheur à se tourner vers Dieu. Voilà une parole sûre : « Il écoute la prière de l’opprimé ». Et l’Evangile nous montre le publicain relevé. C’est une route sûre que la prière comme une remise de nos douleurs comme de nos erreurs au Seigneur. C’est bien pour cela que la liturgie commence toute prière par une démarche pénitentielle, un appel à l’aide, une supplication : « Dieu viens à mon aide ! ». Hier aux obsèques du pape mort dans un accident d’avion dans la force de l’âge, ma véritable inquiétude était de savoir, non pas si j’allais trouver les bons mots, mais si j’allais aider les personnes présentes, surtout les parents les parents, et les enfants de cet homme, à se tourner vers Dieu dans la prière au lieu de le choisir comme le responsable de tous nos maux.

 

Se tourner vers Dieu dans nos malheurs et dans nos erreurs. L’opprimé et le pécheur. Même combat finalement. Même reflexe à prendre : celui du publicain qui implore : « prends pitié ». Et d’ailleurs, quelques soient l’origine de nos souffrances, souvent, on se pose un moment la question : pourquoi il m’arrive cela ? Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ? Un sentiment du culpabilité peut nous atteindre ? Faut-il le rejeter immédiatement si jamais nous savons pertinemment ne pas être la cause première d’un accident ? Pas forcément : il s’agit peut être de ne pas cacher ce sentiment de culpabilité qui peut nous habiter lorsqu’un malheur nous arrive. Est-ce de notre faute ? D’autant plus, bien sûr, si l’on est bien conscient que c’est de la nôtre, qu’il y a faute grave de notre part. Le Cardinal Ratzinger, Benoit XVI, disait de ce sentiment de culpabilité : « Il est aussi nécessaire pour l’homme que la douleur physique, qui signifie une altération du fonctionnement normal du corps ». En effet en troublant notre tranquillité, il est signe d’une conscience qui se fait mal en posant souvent de mauvais choix. Même si la faute n’est pas à nous, la culpabilité révèle une fragilité de notre conscience qui peut être altérée par un agir pas très accordée à l’amour et à la vérité. Il est un véritable « cri de la conscience » qui nous pousse, enfin, justement à nous ouvrir à Dieu et aux autres, à faire appel à eux quand ça va mal. De même que l’on a besoin de nos proches, parfois de pompiers et aussi d’un médecin pour venir à notre secours dans nos problèmes de santé, de même on a besoin de Jésus pour soigner notre conscience, guérir les plaies de notre cœur, fragilisé par notre agir quotidien. C’est lui notre Sauveur !!! Il y a peu de temps j’ai secouru un homme qui avait une sciatique qui s’est empiré. Obligé d’appeler les pompiers. Le problème de dos n’est pas venu du jour au lendemain. Un travail pénible, une manque de sport, une manque d’équilibre alimentaire, sont souvent nous le savons à l’origine de nos problème de santé. « si tu n’as pas le temps de faire du sport tout de suite tu auras le temps d’être malade plus tard ». idem pour notre conscience : les petits manquements à la charité répété, le sois disant manque de temps pour prier, les petits coup de canif à l’honnêteté, à la vérité dans notre travail, sur notre fiche d’impôt ou tout simplement dans nos paroles, tout cela abime une conscience, qui se trouve alors bien fragile face à un accident, même si nous ne sommes cette fois-ci en rien fautif.

 

S’il s’agit bien sûr de distinguer dans nos épreuves, le coupable du non coupable, les souffrances subies finalement et le chemin de guérison sont assez similaires. J’ai été témoin de personnes qui ont su dans les moments d’épreuves s’en remettre à Dieu et ont été relevées, soutenues par Lui. Des personnes par exemple abandonnées par leur conjoint, allant crier leur désespoir dans une église, et que Dieu a soutenu dans l’épreuve, des prisonniers aussi, reconnaissant leur péché qui s’en remettent à Dieu.

 

Ecoutons pour finir le témoignage de Jacques Fesch, bon larron de notre temps, dont le procès de béatification a été ouvert : « Ce soir là, je souffrais réellement pour la première fois de ma vie avec une intensité rare. C’est alors qu’un cri jaillit de ma poitrine, un appel au secours : “Mon Dieu !”, et instantanément comme un vent violent qui passe sans qu’on sache d’où il vient, l’Esprit du Seigneur me prit à la gorge. C’est une impression de force infinie et de douceur. Et brutalement, en quelques heures, j’ai possédé la foi, une certitude absolue… tout est devenu clair en quelques instants. »

 

Prenons exemple sur lui. Tournons-nous vers Dieu.

 

Père Alexis de Brébisson

 


 

 


Homélie du 29ème dimanche du Temps Ordinaire

17/10/10 . Ex 17, 8-13 ; 2 Tm 3, 14-4,2 ; Lc 8,1

 

 

 

           comme le Seigneur nous connaît bien ! Le découragement qui nous gagne. Il le sait. Il le perçoit mieux que nous-mêmes. Il voit bien notre lassitude en particulier dans la prière, mais aussi dans la vie chrétienne. Assez-vite nous traînons les pieds. A quoi bon ? Je fais pourtant des efforts pour prier, mais la sécheresse me gagne de plus en plus. Au début, l’ardeur me consumait, le feu me dévorait, maintenant l’ennui me gagne, les distractions, les préoccupations envahissent tous les temps de prière auquel je m’étais engagé par amour : cette prière du matin, mon oraison silencieuse et aussi cette messe dominicale. Des lectures, je n’écoute plus rien, et je ne vous parle pas de l’homélie ! Et si par hasard, la force me revient un peu, j’ai le sentiment que ma prière ne porte pas de fruit ou que rien ne change dans ma vie. Au contraire, les reproches autour de moi se font plus vifs. La conscience de mon péché plus douloureuse. Et mes demandes ne me semblent pas exaucées.

            Jésus aujourd’hui me dit : tiens-bon ! Le découragement est le fruit de ton orgueil et tentation du malin. Ils veulent te faire lâcher la corde au moment même où la montée se fait plus rude, au moment même où tu as choisi de suivre plus radicalement le Seigneur. Ce n’est pas parce que cela monte que tu t’es trompé de chemin, ou plutôt que Jésus, que tu suis, s’est trompé de chemin. Oserai-je même le dire ? Si tu ressens sécheresse, distraction et difficulté à prier, cela peut être bon signe. Signe que ce n’est plus toi qui prie mais le Christ qui prie en toi, ce n’est plus toi déjà qui conduit, mais l’Esprit Saint qui commence à te conduire dans la prière. Alors, tu es perdu, car tu ne maîtrise plus les choses : le Seigneur n’a plus besoin de te séduire et de t’attirer par des grâces bienfaisantes dans la prière, mais maintenant que tu as choisi de le suivre résolument, maintenant qu’il a pu prendre la direction des opérations, il commence par te purifier, il te fait marcher à son allure, il te mène avec ses exigences, et cela est dur, cela fait mal, cela te fatigue. Tu as l’impression que rien ne va plus, que tu n’as jamais été aussi mauvais, alors même que Dieu s’unit plus fortement à toi, te prends par la main par le bon chemin. Oui, ne te décourages pas.
            Quelle dure réalité que le combat de la prière ! Quelle dure réalité que le combat de la vie chrétienne ! Nombreux, sont les chrétiens qui se découragent sur le chemin de la prière, alors même qu’ils venaient de s’y engager personnellement. Je parle des chrétiens engagés, des prêtres, des religieux aussi. Ne pensez pas que cela soit plus facile pour eux. Pourquoi ? Parce que chacun de ceux qui se donnent plus pleinement au Seigneur dans la prière, sont assez vite pris par l’Esprit Saint, conduit par lui. Alors, cela les perturbe. Ils pensent devenir tièdes, même qu’ils ont un peu perdu la foi, puisqu’ils ne ressentent plus rien et sont moins capables de diriger leur prière. Mais c’est que la lumière de Dieu en se répandant sur eux, les a éclairés sur la prière. Répondant comme nécessairement à un don de soi, il y a une réponse divine, qui est l’action de Dieu par son Esprit-Saint. Elle se fait sentir dans la vie et va se faire sentir d’abord dans la prière, avec la prière personnelle et silencieuse en particulier.
            Oui ne nous lassons pas dans la prière. C’est promptement que Jésus vient vers nous, attiré comme irrésistiblement par la foi qu’il trouve en nos cœurs. Le Fis de Dieu, quand il vient vers moi maintenant, dans l’Eucharistie, trouve-t-il cette foi dans mon cœur ? « Je vous le dis » dit Jésus, s’il trouve cette foi dans votre cœur, c’est rapidement qu’il vous fera justice.

Père Alexis de Brébisson

Homélie pour le 27e dimanche du temps ordinaire – 6 octobre 2019

 

 

 

 

Il est vrai que celui qui est serviteur d'un maître, n'a plus de droit sur sa propre personne. L'esclave est soumis à la disposition du maître.

 

 

 

          Jésus transpose ces rapports sociaux aux relations entre les hommes et l'argent, et ici entre les hommes (serviteur) et Dieu (maître).

 

 

 

          « Voici ta servante » dit Marie à l'Ange. Ce qui pourrait être traduit « de toutes façons, tu sais que je suis la servante ».

 

 

 

          Le pouvoir nous est donné de servir ! Quelle merveille. L'homme va trouver sa liberté, sa raison d'être, dans le service, ou plus exactement dans le don de soi-même à un autre, dans la remise de sa volonté à un maître. Dont il sera alors le serviteur.

 

 

 

          Attention au regard tout de suite négatif que nous avons sur la notion de serviteur et de maître, du fait de notre culture révolutionnaire ! Les esclaves, les serviteurs, les servantes du temps de Jésus n'étaient pas méprisés. On avait besoin d'eux. Dans la communauté juive, comme dans chaque famille, ce rôle avait même sa dimension liturgique et religieuse. Il fut étendu, élargi dans la primitive Eglise aux chrétiens d'origines grecques et romaines, il s'agit des diacres appelés à être au service dans la cité des tables, mais aussi des veuves, des pauvres.

 

 

 

          Cette invitation à considérer que Dieu est notre maître, signifie que Dieu a besoin de nous pour un travail. Le Seigneur ne peut pas faire tout lui-même, il veut nous choisir comme intendants de ses biens dans le monde.

 

 

 

          C'est bien le service de Dieu qui doit guider notre vie. Pour faire cette gérance de ces biens, nous devons recevoir les ordres de Dieu. Nous attendons qu'il nous dise ce qu'on doit faire.

 

 

 

          Cependant, nous ne sommes pas des esclaves dans la mesure où nous choisissons de faire ce service. Ce « vouloir faire », cet « attachement » à ce que le maître demande transforme tout. La contrainte fait place à la liberté. Parce que je veux faire ce que je dois faire.

 

 

 

          Comment faire pour transformer la contrainte en liberté ? Tout le secret de notre vie consiste à vouloir ce pourquoi nous sommes nés, la vocation que le Seigneur nous destine. Comment pouvons-nous vouloir ?

 

 

 

          En croyant que le travail que le Seigneur nous donne est mieux ce que nous aurions pu choisir nous-même.

 

 

 

          Si l'on demande à quelqu'un d'être le serviteur d'Einstein, il prendra cela comme un immense honneur, sera fier d'aller lui acheter son billet de train, lui faire un café, nettoyer son bureau.

 

 

 

          S'il fait cela pour la concierge d'à côté, cela n'est pas du tout la même chose et pourtant, il s'agit bien du même acte : acheter un billet de train, etc.

 

          Y a t-il une plus grande noblesse que de servir Dieu, que de faire toute chose pour Dieu ?   

 

 

 

                                                                                             Père Alexis de Brébisson

 

 

 


Homélie du 26ème dimanche du Temps Ordinaire

 

 

 

C’est avec la parabole de ce dimanche, du riche et du pauvre Lazare, que j’ai été amené pour la première fois à méditer avec d’autre sur l’Écriture. C’était ma première sortie louveteaux et l’aumônier, nous recevant chez lui, avait invité notre équipe à échanger ensemble sur l’Évangile du jour ; et à choisir une « bonne action » dans ce sens. Je ne peux que vous encourager (en particulier les enfants du caté dont c’est la rentrée aujourd’hui) à vivre cette expérience. Et vous parents, avec vos enfants à la maison. Il y a quelque temps, en première page du journal « La Croix », au commencement du Ramadan, il y avait une photo d’un père de famille tenant en main le Coran et l’expliquant à sa famille autour de lui. Verrions-nous beaucoup cela dans nos familles chrétiennes ? Que je le souhaite ! J’en suis sûr c’est possible ! Est-ce que cela ne vous arrive jamais de lire et se réjouir ensemble d’un mail reçu de l’oncle parti en vacances à l’autre bout du monde ? de regarder ce que le journal dit du dernier match de foot ou du dernier salon auto ? Ou encore de chercher à comprendre la poésie et apprendre par cœur la poésie donné par le professeur de français ? Et si le curé osait vous donner un travail en famille ? Apprendre par cœur l’Évangile d’aujourd’hui ! Ou du moins être capable au kt de raconter cette histoire de Lazare. Voir comment le petit frère ou le grand père a compris comme moi l’histoire que raconte Jésus. Se questionner en famille avec papa et maman comment maintenant on pourrait accueillir chez nous les plus pauvres, pour que ceux-ci à leur tour nous accueille quand nous arriverons au paradis ? A moi, pour le moment, comme prêtre, de vous donner, pour vous y aider quelques clefs de lecture.
Au moment où Jésus raconte cette histoire, il est en route pour Jérusalem. Sur son chemin beaucoup de monde cherche à le voir et l’entendre. Des gens savants, des riches, des pauvres, des hommes qui ne sont pas bien vus aussi de tout le monde, ses disciples bien sûr. Il vient de dire juste avant à ceux qui sont riches de savoir utiliser leur argent non pour le confort personnel, mais pour se faire des amis qui les accueilleront au paradis. Nous l’avons entendu dimanche dernier à la messe. Et maintenant il donne un contre-exemple avec cet homme riche et ce pauvre Lazare. Quel différence entre l’un et l’autre : le riche porte de beaux vêtements. Lazare, lui porte seulement des ulcères, c'est-à-dire des blessures. Quelle différence parfois entre nous et nos voisins ! pas simplement dans les vêtements, mais aussi dans le bonheur et le malheur. Dans une famille tout semble bien allés : on s’entend bien, il y a des enfants, et tout ce qui faut pour vivre. Et chez les voisins juste à côté, ça manque d’argent ou tout simplement d’amour.
Le seul point commun entre le riche et Lazare, c’est de mourir tous les deux. Le seul point commun parfois entre deux voisins, c’est simplement d’être égaux devant la mort.
Cependant pour Lazare et pour le riche, au lieu de les rapprocher, la mort les sépare définitivement : « un grand abîme les sépare ». Bienheureux alors le pauvre ! Malheureux le riche ! Inversement complet de situation. Pas plus que les miettes du repas n’arrivaient à Lazare, les gouttes d’eau ne peuvent atteindre le pauvre riche. Il aurait dû écouter dimanche dernier l’appel à faire des pauvres ses amis ici-bas. Et ses frères devraient faire de même. Mais on a beau dire, cela ne suffit. Même si la grand-mère ressuscitait pour leur dire, cela n’y ferait malheureusement rien.
Ne sommes-nous pas un peu pareil ? N’attendons-nous pas passivement un évènement improbable, un signe du ciel, un appel téléphonique du bon Dieu, le retour du Christ, pour enfin changer notre vie radicalement ? N’avons-nous pas fait ce choix intérieur de profiter des biens de ce monde, de mettre notre personne et nos plaisirs en premier dans nos préoccupation, tant qu’un événement majeur, de l’ordre d’un miracle, ne nous fasse pas découvrir l’invisible, ne nous montre pas l’autre côté du miroir, ne nous assure pas avec certitude que l’histoire que l’on nous conte depuis si longtemps, cette histoire de la résurrection de Jésus, cette histoire sainte, cette histoire de notre propre salut par Jésus soit vraiment vraie ? Et pourtant, reconnaissant, la Loi de l’amour et de la vérité, les 10 commendements, la parole des prophètes et celles des saints,  sont là à notre portée, nous proclamant à temps et contre temps, de ne pas penser à nous, mais à Dieu et aux autres ! « Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles ! », nous dit encore aujourd’hui le prophète Amos. Et Saint Vincent de Paul, Monsieur Vincent, que l’on a fêté cette semaine disait avec force : « Quoi ? être chrétien et voir son frère affligé sans pleurer avec lui, sans être malade avec lui ! ...Mais c’est être sans charité, c’est être chrétien en peinture ! ».L’Evangile tout simplement, au sommet, le trésor des trésors, est là, jour et nuit, la vérité de l’amour à notre portée pour nous réveiller de notre sommeil, et par la voix de Jésus lui-même, nous inciter à inviter les pauvres à notre table, pour nous pousser à faire un usage avisé de notre argent.
Entendons cet avertissement ! « S’ils n’écoutent pas Moïse, ni les prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus ». Mais entendons aussi cette bonne nouvelle : si nous prenons le temps d’écouter Moïse, les prophètes, les saints, si nous écoutons par excellence Jésus dans l’Évangile, lui qui est ressuscité d’entre les morts : alors nous serons convaincus. Oui, c’est l’écoute de la Parole de Dieu qui conduit à se convertir. C’est pourquoi, prenons l’habitude personnellement, en famille, entre frères chrétiens, d’écouter la Parole de Dieu. Faisons-le sans retard, pour savoir ce que le Seigneur attend de nous, pour comprendre combien cet appel concerne chacun d’entre nous : que les riches partagent leur richesse dès cette vie, et que, de la sorte, les pauvres échappent, dès cette vie, à la situation de misère qui est la leur. Et qu’ainsi tout ensemble dès ici-bas, et dans le Ciel nous ne formions qu’une seule famille, dans la joie de Dieu !

Père Alexis de Brébisson

 

 


Homélie du 25ème dimanche du Temps Ordinaire

 

 

 

Comme souvent dans la Bible, Jésus nous invite à poser un choix radical. Ici, entre Dieu ou l’argent, là où chacun de nous trouverait plutôt sage d’avoir de la mesure : l’argent c’est nécessaire pour vivre… J’aime Dieu bien sûr… Donc je vais bien réussir à utiliser mes sous avec mesure, et si j’en ai assez je vais aider les autres avec. Belles intentions... Mais ici, le sujet est abordé plus sous son mauvais aspect : quand l’argent nous éloigne de Dieu. Et si nous  reconnaissions tout simplement que dans notre vie cela arrive souvent ? Pour ne pas parler de la société dont nous faisons partie… Et si, à partir de là, nous prenions les décisions recommandées par Jésus aujourd’hui ?

Entendons bien d’abord l’affirmation de Jésus : si le but de notre vie est de faire de l’argent, c’est une erreur aussi grave que celle d’adorer des idoles. Alors que Dieu libère, l’argent asservit. L’argent peut être même « trompeur » et « malhonnête ». C’est assez simple : quand nous l’avons en notre possession, très vite c’est lui qui nous possède ; de plus nous croyons qu’il nous appartient, mais en fait nous en sommes seulement intendants afin de le partager.

D’autre part, Jésus met en valeur l’habileté de ce gérant malhonnête non pour nous inviter à la même chose, mais nous pousser à une telle ingéniosité pour le Royaume. Il est vrai que l’envie de gagner de l’argent rend des quantités de gens très inventifs…  A l'exemple de ce gérant, les chrétiens doivent avec intelligence préparer leur avenir éternel en partageant dès maintenant avec les pauvres au moyen de l'aumône. De la sorte, ceux-ci les recevront dans la Cité de Dieu. Ces demeures éternelles sont bien d'abord les leurs, comme l'indiquent les béatitudes.

Un exemple admirable nous est donné dans la figure de Giorgio de la Pira, maire de Florence dans les années 60, en voie de béatification. Ce professeur d’université et homme politique n’avait plus d’argent deux jours après avoir reçu son salaire. D’allure si peu bourgeoise on lui faisait l’aumône dans la rue. Il resta toute sa vie dans une totale indifférence aux honneurs, à l’argent et au pouvoir, répétant qu’il « faut entrer en politique avec deux sous et en sortir avec un seul »… Il eut toujours dans ses responsabilités politiques d’abord le souci des plus pauvres.
Enfin, entendons cette affirmation forte du pape François : « Quand une personne est attachée à l’argent, elle se détruit elle-même et elle détruit sa famille ! L’argent est destructeur. L’argent sert à réaliser tellement de bonnes choses, tant de travaux pour développer l’humanité. Mais il est destructeur quand la convoitise s’en mêle : avoir plus, avoir plus, avoir plus… Cela conduit à l’idolâtrie, cela détruit la relation aux autres ! Aujourd’hui, ce n’est pas l’homme qui commande, mais c’est l’argent. Et Dieu notre Père nous a confié la charge de garder la terre, pas pour l’argent, mais pour nous, pour les hommes et les femmes, c’est notre devoir ! »

Père Alexis de Brébisson





Homélie pour le 24e dimanche du temps ordinaire – 15  septembre 2019

 

S

 

i l’humilité et le renoncement (plus joliment dit le "don de soi") sont les deux attitudes nécessaires au commencement d’une démarche chrétienne, c’est tout simplement parce que de telles dispositions attirent irrésistiblement Dieu, provoquant chez lui à notre égard, une envie folle de venir nous aimer, une joie profonde à se donner à nous. C’est normal, le don de l’homme attire le don de Dieu.

 

La première lecture semble pourtant trancher avec la douceur du pardon de Dieu : si le péché est bien illustré avec l’idolâtrie du peuple élu, la colère de Dieu contre son peuple tranche avec l’idée que l’on se fait d’un Dieu de Miséricorde. Comment donc comprendre cela ? En fait le Seigneur a fait miséricorde déjà aux Hébreux. Il ne cesse de les choisir, car ils sont les plus petits. Mais ceux-ci ne comprennent pas, ne reçoivent pas cette miséricorde divine. Ils s’éloignent de lui. En prêtant à Dieu des sentiments de colère, des désirs de destructions, l’auteur biblique veut surtout exprimer une colère à la mesure de l’intérêt que le Seigneur porte pour son peuple, comme un père pour ses enfants. Encore une fois il se rétracte… et les sauve.

 

Un peuple. Un homme maintenant qui fait l’expérience de la miséricorde : Paul. « Le Christ m’a fait miséricorde ».

 

Chacun de nous n’imagine-t-il pas souvent Dieu à son égard comme « déçu » ? pas content ? en colère ? Et quand finalement, il revient vers lui, le redécouvre comme un Dieu de miséricorde ?

 

C’est l’évolution de l’image aussi que le « fils prodigue » a de son père. Il le croyait comme un père de justice égalitaire, il va le découvrir comme père capable de passer au-delà de tout pour retrouver la relation d’amour qui fait vivre son fils. Au cours d’un voyage douloureux et purificateur, comme le fut l’Exode pour le peuple saint, le visage de la Miséricorde lui est pleinement révélé.

 

L’amour infini de Dieu : voilà bien le sommet de la Révélation faite par le Christ. C’est Saint Paul qui vient de nous le dire avec force : voilà « une parole sûre, qui mérite d’être accueillie sans réserve : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ».

 

Au départ les deux fils ignorent le vrai visage de leur père. Nous aussi au départ, nous n’avons pas conscience un instant de la grandeur de l’amour de Dieu pour nous. Et pourtant je vous invite à cela au début de la route de la vie chrétienne, au début de chaque journée : contemplez le sommet que vous appelez à atteindre : un Dieu de miséricorde. Paradoxe : c’est en allant loin de la vérité que le fils cadet va trouver le chemin de la miséricorde. A l’inverse, tout en restant prêt de son père, le fils ainé, trop préoccupé par son travail, n’a pas pris le temps de découvrir l’infini de son amour pour lui. Dans tous les événements de notre vie, Dieu veut permettre à son amour de se donner. Cette parabole nous invite à y être attentif. Quand laisserons-nous sa miséricorde se répandre sur nous ?

 

Encore une fois, ne nous trompons pas de sommet : c’est bien vers l’union à ce Dieu de miséricorde. Alors commençons notre journée par fixer notre regard sur lui. Et profitons de toutes occasions pour nous laisser à Dieu la joie de nous aimer.                                                                      Père Alexis de Brébisson

 

Homélie du 23ème dimanche du Temps Ordinaire

Décidément les lectures choisies par l’Eglise pour nous éclairer ce dimanche sont bien complémentaires au thème de dimanche dernier, et tout à fait appropriées à notre rentrée pastorale.
 
Afin de bien commencer une nouvelle année, pour prendre un bon départ dans la vie chrétienne, deux choses sont importantes :
 -L’humilité et le don de soi. Pour l’humilité, c’est bon, nous avons vu cela dimanche dernier et vous êtes tous depuis des champions. Ayant pris l’habitude de « l’examen de conscience » chaque soir, recevant avec gratitude les « corrections fraternelles », et vous mettant dès que possible sous la lumière de Dieu dans la prière afin d’être éclairés sur vous-mêmes. Car, comme disait Thérèse d’Avila : « l’humilité, c’est la vérité ».
 Reste donc aujourd’hui, nous dit Jésus, à vous exercer au renoncement », ce qui s’appelle plus joliment dans la tradition spirituelle « le don de soi ».
Là encore, l’image de Jésus est claire : si vous commencez à construire quelque chose sans savoir si vous avez l’argent nécessaire pour la finir, c’est … mal parti ! Tiens, tiens…. C’est ce qui s’est passé pour cette église ou nous nous trouvons qui finalement n’a jamais été finie par manque d’argent…
 
Donc pour bien commencer notre année pastorale, pour bien reprendre notre vie chrétienne, il est important de renoncer à Tout.

Donc à attendre ! Absolu de la demande de Jésus. Est-ce vraiment à vous qu’il s’adresse ou seulement à moi, et à tous ceux qui, peut-être un peu dérangés, ont tout quitté pour consacrer leur vie ? Et alors la vie chrétienne parfaite ne serait finalement que l’apanage d’une élite, réservant à tous les autres qu’un ersatz de sainteté. Non, désolé, cette exigence est universelle. Mais elle n’est pas la condition pour « réussir » mais celle pour être « sauvé ».
Renoncer à tout, c’est d’abord mettre sa foi en Dieu seul. Cette affirmation est celle de la divinité du Christ.

Si donc, chrétien, tu veux obéir au commandement : « tu aimeras le Seigneur Dieu de tout ton cœur », et bien, donnes ton cœur à Jésus.
Si donc, chrétien, tu veux être sauvé, ne t’appuies pas sur les choses humaines, mais sur Jésus seul.
Et si moi et d’autres, nous renonçons aux biens de ce monde, ce n’est que pour vous inviter à ne pas vous y attacher, à ne pas croire qu’elles vous apporteront un quelconque salut.

Quels sont les signes négatifs qui manifestent de notre part un manque de détachement ?
       Il me semble une trop grande préoccupation au sujet de nos biens.
       Une difficulté à prêter ou distribuer les bénéfices de notre travail.

Enfin voici trois pistes pour vous aider en ce début d’année à entrer dans cette attitude chrétienne du don de soi :
       1-Que ce don soit absolu : quand vous priez, dites à Jésus « je me donne à toi, pour ce que tu veux… » sans rajouter « sauf… »
       2-Indéterminé : Ne pas donner nos projets, mais recevoir avec joie les imprévus de Dieu. 
       3-Souvent renouvelé : Chaque matin, posez donc un genou par terre au pied de votre lit, deux même si vous pouvez. Et pendant une minute, deux même si vous pouvez, dites à Jésus cette petite prière : « Jésus , je t’aime, je t’offre ma journée, fais de moi ce que tu voudras » ou le Notre Père ou tout autre acte d’offrande que vous aimez bien.


Père Alexis de Brébisson


Homélie du 22ème dimanche du temps ordinaire

 

 

 

« Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé »

 

Seul Dieu pourra déraciner de notre cœur l’orgueil qui s’est si bien installé. Pourquoi donc est-ce nécessaire ? Cet orgueil nous empêche d’entrer dans le Royaume de Dieu qui appartient aux petits.

 

En effet, comment acquérir cette humilité à laquelle Jésus nous exhorte si fortement ainsi que Ben Sirac le Sage dans la première lecture ? « Plus tu es grand plus il faut t’abaisser ». Vérité de Lapalice...

 

La première chose à faire, après avoir écouté cette Parole de Dieu, c’est un examen sur notre manière de nous comporter au jour le jour : nous nous rendons compte, sans chercher bien loin, que nous ne sommes pas tout près d’une telle attitude d’humilité ; nous prenons conscience de l’importance de notre orgueil : cet examen a pour premier avantage de commencer à nous mettre dans l’humilité et nous pousse à changer un peu.

 

Cependant nous savons que nous aurons du mal à nous améliorer radicalement.

 

En effet c’est seulement l’action de Dieu lui-même qui pourra nous mettre dans l’humilité. C’est la lumière de Dieu qui va nous éclairer sur ce que nous sommes. L’action de Dieu est réelle en nous ; l’Esprit de Dieu qui nous a été donné au baptême agit vraiment en nous ; il a pour mission de tout faire pour nous unir de plus en plus à Dieu. Son action en nous, la lumière du Dieu Vivant qui désire se répandre en nous, va par contraste dévoiler notre misère. Cette lumière divine sur notre pauvreté est une grande richesse : elle nous fait comprendre en profondeur qu’il faut compter non pas sur nous mais sur Dieu. Cette lumière qui vient de Dieu ne nous met pas dans un état de désespérance devant notre misère mais au contraire nous met dans la joie : car elle donne en même temps la certitude que cette pauvreté attire l’amour miséricordieux et sauveur de Dieu. Thérèse de l’Enfant Jésus a expérimenté très fortement cette action de Dieu et elle n’hésitait pas à affirmer : « c’est si doux de se sentir faible et petit ». Voilà donc la réalité de cette action de Dieu, vérité chrétienne par excellence. Elle seule peut nous faire acquérir une humilité profonde.

 

Celui qui est humble est ouvert à ce qui vient des autres, à ce qui vient de Dieu. Thérèse de l’Enfant-Jésus va même jusqu’à dire : « plus on est faible, sans désirs ni vertus, plus on est propre aux opérations de l’Amour consumant et transformant ». L’Amour de Dieu a soif de se donner mais il ne peut se répandre que dans un cœur qui est pauvre, ouvert pour le recevoir.

 

Comment favoriser cette lumière de Dieu en nous qui seule peut nous rendre vraiment humble ? Elle est gratuite. Nous ne pouvons pas l’acquérir par nos propres efforts. Mais nous pouvons la demander dans la prière. Le pauvre conscient de sa misère tend la main. Un peu conscient de l’orgueil qui nous habite, faisons-nous mendiant de la lumière de Dieu qui créé l’humilité, et rendons grâce quand nous la recevons.

 

Homélie pour le 21e dimanche du temps ordinaire

 

 

 

Voilà le sujet qui intéresse Jésus : le Royaume. Le sien. Celui du Paradis. Mais qu’il vient déjà établir sur terre. Il va en parler très souvent par de nombreuses paraboles en particulier pour dévoiler une réalité mystérieuse d’abord parce qu’elle ne correspond pas forcement à nos préoccupations journalières et à nos attentes les plus basiques. Cependant, ce Royaume instauré par lui, répond à notre attente la plus profonde : celle d’être voulu, choisi, aimé, de pouvoir vivre libre et heureux, de enfin de ne pas finir un jour dans un trou sans autre finalité que de retourner en poussière.

 

Il va en parler par exemple aujourd’hui en répondant à une question très courante dans le judaïsme du temps de Jésus, sur lequel les rabbins se plaisaient à donner chacun leur explication. Qui est sauvé ? Cette question du « salut » est restée à travers les siècles un des sujets les plus débattus aussi dans l’Eglise. Elle fut pris comme cheval de bataille dans le plus grand schisme que l’Eglise est vécu : le protestantisme. Est-ce la foi seule qui sauve, ou une foi dont l’authenticité se vérifie par les œuvres ? C’est encore cette problématique qui est sous-jacente à la principale déviance qu’elle a subi en son sein : le jansénisme. Pour faire court, dans ce courant religieux, le salut dépendrait d’une forme de prédestination.

 

Vous avez entendu le caractère angoissant de la question d’ailleurs posée à Jésus : « N’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? ». Certains le pensaient probablement. Et la réponse de Jésus en Matthieu 22, 14 semble aller même dans ce sens-là : « Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. ». Mais il faut toujours prendre la Parole de Dieu dans son ensemble et bien percevoir la cohérence de la Révélation et non mal interpréter une phrase sortie de son contexte.

 

Qu’affirme donc Jésus ici, dans l’Evangile de Luc, en réponse à la question angoissante du nombre des sauvés ?

 

Il annonce d’abord la seule condition pour entrer dans le royaume : être capable de passer par la porte ! « Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas. » Cela semble demander un effort… un travail personnel. L’image de la porte étroite est très suggestive : un obèse ou quelqu’un qui est encombré de paquets volumineux ne passe évidemment pas par une porte étroite… à moins de se décider à laisser ses paquets derrière lui ! Et tout est là, bien sûr. Qu’est-ce qui dans notre vie nous alourdit et nous empêche de passer la porte ?

 

A ses auditeurs qui sont des Juifs, il dit : « Vous vous mettrez à frapper à la porte, et vous direz : Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places. » En disant celà, il dénonce l’assurance de ses interlocuteurs, leur conviction que, de par leur naissance dans le peuple élu, ils ont droit au salut automatiquement ; la porte s’ouvrira pour eux toute grande. Et là, Jésus les détrompe, la porte est la même pour tout le monde. Et pourquoi ne seront-ils pas capables de la passer ? Jésus continue : « Le maître vous répondra : Je ne sais pas d'où vous êtes. Eloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal. ». Voilà ce qui empêchent ces juifs d’entrer dans le royaume de Dieu : ils sont convaincus d’avoir des droits, et tout simplement ils font le mal. Il ne vise probablement pas des mauvaises actions, mais simplement leur fermeture de cœur.

 

D’autre part, il évoque la grandeur de ce Royaume : il s’agit d’un festin, c’est-à-dire d’un très grand repas et non d’un petit barbecue entre copains qui se connaissent et se trouvent sympathiques.  Nombreux et très divers sont les invités à ce festin : ils viennent des quatre coins du monde et non plus seulement d’Israël, le peuple choisi en premier par Dieu.

 

Enfin, et là il est important de relever que Jésus n’est pas d’accord avec Laurent Voulzy, si tous sont appelés à y entrer dans le Paradis, tous n’y entreront pas. Que chacun de nous puisse se réjouir d’être appelé à participer dès aujourd’hui au festin des noces de l’Agneau et se demande s’il répond bien à l’amour par l’amour, à la gratuité de l’appel de Jésus par une grande gratitude à son égard.

 

Père Alexis de Brébisson